Un changement d’entraîneur-chef à la mi-saison peut-il fonctionner?
TORONTO – On retrouve une panoplie de raisons pour lesquelles une équipe voudrait effectuer un changement d’entraîneur-chef à la mi-saison.
Peut-être que le club ne performe pas à la hauteur des standards préétablis par son directeur général, ce qui pousse ce dernier à remplacer l’homme à la barre de son organisation. Ou peut-être que l’entraîneur-chef doit quitter son poste, ce qui offre l’opportunité à quelqu’un d’autre de le remplacer.
Mais, peu importe la raison, un changement d’entraîneur-chef à la mi-saison peut-il fonctionner?
Pour répondre à cette question, il faut jeter un coup d’œil à l’histoire de la Ligue canadienne de football (LCF).
On dénombre 61 changements d’entraîneur-chef en cours de saison depuis 1956; seulement 18 de ceux-ci ont permis à une équipe d’accéder aux éliminatoires (29,5 %). Quelque 18 de ses nouveaux entraîneurs-chefs ont mené leur équipe à une fiche d’au moins 0,500. Seulement trois (4,9 %) ont atteint le match de la Coupe Grey, et seulement deux (3,3 %) ont réussi à remporter le championnat.

Steve Buratto en amont de la finale de l’Ouest en 2000 (La Presse Canadienne)
Les Lions de la Colombie-Britannique, en 2000, sont l’une de ces deux équipes ayant remporté la Coupe Grey à la suite d’un changement d’entraîneur-chef en cours de saison.
À mi-chemin de la dernière campagne du siècle dernier, l’entraîneur-chef des Lions Greg Mohns a remis sa démission afin de se joindre à la XFL, ce qui a mené à la nomination de Steve Buratto. Buratto, qui s’était joint à la Colombie-Britannique seulement deux semaines plus tôt en tant qu’entraîneur des receveurs, a aidé les Lions à gagner trois de leurs quatre derniers matchs menant aux éliminatoires – ils ont terminé la saison avec une fiche de 8-10. Les Lions ont défait les Eskimos d’Edmonton en demi-finale de l’Ouest, avant de battre les Stampeders de Calgary en finale de l’Ouest. Et leur campagne a pris fin avec une victoire de 28-16 aux dépens des Alouettes de Montréal lors du match de la Coupe Grey.
La seule autre fois où un changement d’entraîneur-chef à la mi-saison a mené à la conquête d’un championnat remonte à 1987. Joe Faragalli avait alors remplacé Jackie Parker à la barre des Eskimos (2-0), puisque ce dernier avait dû remettre sa démission en raison de la maladie. Faragalli a aidé les siens à compiler un dossier de 9-7 lors des 16 autres parties de la campagne, puis son club a remporté ses deux matchs éliminatoires puis la Coupe Grey.
Jim Popp est le seul autre entraîneur à avoir participé au match de la Coupe Grey après avoir pris la relève de l’entraîneur-chef de son club à mi-chemin de la saison en 2006. Popp avait alors remplacé Don Matthews, en raison de problèmes de santé, avec quatre matchs à jouer au calendrier régulier. Popp a aidé les Alouettes à terminer l’année avec une fiche de 10-8 et a remporté la finale de l’Est, mais les Montréalais ont baissé pavillon devant les Lions lors du match de la Coupe Grey.
Depuis 2015, les cinq plus récents changements d’entraîneur-chef en cours de saison n’ont permis à aucune équipe de se qualifier pour les éliminatoires – celles-ci ont affiché un dossier de 16-26. June Jones (6-4 après avoir pris la barre des Tiger-Cats de Hamilton en 2017) et Jacques Chapdelaine (4-2 après avoir été nommé entraîneur-chef des Alouettes en 2016) ont tous les deux compilé des fiches gagnantes, mais ils n’ont pas mené leur club respectif à une participation aux éliminatoires.
Cela étant dit, ce n’est pas parce qu’un changement d’entraîneur-chef ne mène pas à une conquête de la Coupe Grey qu’il s’agit automatiquement d’un échec. On compte plusieurs fois où un changement de pilote le long des lignes de côté a été bénéfique pour une équipe, qu’elle ait ou non joué du football jusqu’à la fin novembre.
Voici d’ailleurs une liste des entraîneurs-chefs remplaçants qui ont eu un impact positif à la suite de leur nomination :
| Équipe | Nouvel entraîneur-chef | Année | Fiche après le changement/résultat | Fiche avant le changement |
| Stampeders de Calgary | Lary Kuharich | 1987 | 8-2, défaite lors du 1er tour éliminatoire | 2-6 |
| Lions de la Colombie-Britannique | Adam Rita | 2002 | 9-3, défaite lors du 1er tour éliminatoire | 1-5 |
| Argonauts de Toronto | Michael Clemons | 2002 | 4-2, défaite lors du 2e tour éliminatoire | 1-5 |
| Lions de la Colombie-Britannique | Greg Mohns | 1998 | 6-3, défaite lors du 1er tour éliminatoire | 3-6 |
| Lions de la Colombie-Britannique | Larry Donovan | 1987 | 4-0, défaite lors du 1er tour éliminatoire | 8-6 |
Il y a cependant eu plusieurs fois où un changement d’entraîneur-chef à la mi-saison n’a pas eu les retombées escomptées. Même que, parfois, les résultats ont été complètement à l’opposé de ce qui était souhaité. En effet, il y a des équipes, comme les Argonauts en 2008 et les Alouettes en 2017, qui n’ont pas réussi à gagner un seul match sous la direction d’un nouvel entraîneur-chef.
Voici une liste des équipes qui ont éprouvé des ennuis à la suite d’un changement d’entraîneur-chef :
| Équipe | Nouvel entraîneur-chef | Année | Fiche après le changement/résultat | Fiche avant le changement |
| Argonauts de Toronto | Don Matthews | 2008 | 0-8 | 4-6 |
| Alouettes de Montréal | Kavis Reed | 2017 | 0-7 | 3-8 |
| Tiger-Cats de Hamilton | Urban Bowman | 1997 | 1-10 | 1-6 |
| Tiger-Cats de Hamilton | Marcel Bellefeuille | 2008 | 1-7 | 2-8 |
| Ottawa | Bob Weber | 1998 | 2-13 | 0-3 |
| Ottawa | John Payne | 1996 | 3-13 | 0-2 |
| Lions de la Colombie-Britannique | Dave Skrien | 1961 | 1-7-1 | 0-6 |
| Argonauts de Toronto | Bud Riley | 1978 | 1-6 | 3-6 |
Donc, revenons à notre question initiale : un changement d’entraîneur à la mi-saison peut-il fonctionner?
Depuis 1956, les clubs qui ont effectué un changement d’entraîneur-chef ont affiché un dossier de 330-702 (0,320) : ils montraient une fiche de 124-372 (0.250) avant qu’un changement soit apporté, et de 206-330 (0,384) après ledit changement.
Comme seulement trois équipes ayant procédé à un changement d’entraîneur-chef au beau milieu d’une saison ont réussi à accéder au match de la Coupe Grey, tout porte à croire qu’un changement d’entraîneur-chef pendant la campagne ne fonctionne que très rarement. Et l’exploit réussi par Burrato est unique, puisque les deux autres formations affichaient un dossier supérieur à 0,500 au moment du changement d’entraîneur-chef.
Ainsi, il y a généralement des améliorations lorsqu’il y a un changement d’entraîneur-chef le long des lignes de côté, mais ça ne semble pas suffisant pour faire une réelle différence. Par contre, il faut s’attendre à ce qu’une organisation effectue un changement d’entraîneur-chef à mi-chemin d’une saison dans les prochaines années. Qui sait : peut-être que cette équipe deviendra la troisième à remporter la Coupe Grey sous les ordres d’un nouvel entraîneur-chef!