Par Olivier Poulin,
LCF.ca
Montréal (LCF.ca) – Le centre des Blue Bombers de Winnipeg Dominic Picard a participé au camp d’évaluation de la Ligue canadienne de football en 2006. Cette participation était la première d’une série d’étapes qui allaient le pousser à réaliser un de ses rêves: être partant lors du match de la Coupe Grey. Un rêve qui est devenu réalité en novembre dernier face aux Roughriders de la Saskatchewan.
La LCF contacte les joueurs en décembre pour les informer qu’ils ont été choisi par les équipes et qu’ils sont invités à participer au camp qui aura lieu en mars.
«C’était normal dans ma tête. J’étais content, mais en même temps, j’avais l’ambition d’y aller,» explique Picard en parlant du camp. «Je m’entraînais pour ça parce que je voulais être repêché. C’était le temps où je me suis dit que je devais prouver ce dont j’étais capable.»
Méthodique, Picard avait demandé à quelques personnes de lui raconter comment se déroulait le camp, question de se sentir un peu plus à l’aise. Le camp d’évaluation de la LCF est un événement prestigieux. Les meilleurs espoirs sont présents. Tous les décideurs sont présents. La pression est forte.
«Quand je suis passé au travers des différents tests, je me reconnaissais dans ce qu’on m’avait dit. C’est toujours un peu stressant. Avec tous les entraîneurs, c’est un peu… Imposant,» explique-t-il, en tentant de trouver le mot juste. «C’est gros. Tu veux bien paraître.»
Et ça, bien paraître n’a pas été son cas. Du moins, selon lui.
«J’étais en maudit après l’événement. Je n’avais pas bien fait. J’avais connu une extraordinaire saison et c’est comme si j’avais saboté, en une journée, tout ce que j’avais fait de bien avant,» raconte celui qui a reçu le titre de meilleur joueur de ligne offensive au Canada en 2005 alors qu’il portait les couleurs du Rouge & Or de l’Université Laval.
Ce que Picard croit avoir vécu est en partie vrai. Il est vrai que les équipes de la LCF arrivent au camp avec des attentes. Les atteindre ou les surpasser est toujours bon. Décevoir l’est beaucoup moins. Après des mois, souvent des années, à compiler des données sur des joueurs, il est temps de voir, pour les formations du circuit, si leurs analyses tiennent le coup.
«Ils mettent tout leur jugement dans cette journée-là. C’est plate en tant qu’athlète d’avoir à te soumettre à ça, parce que ton avenir se décide en quelques heures,» dit Picard. «Mais il y a d’autres organisations qui regardent du film et veulent voir le joueur, pas le testeur.»
Bon point. L’une des tâches les plus délicates pour le personnel des équipes consiste à départager les athlètes: ceux qui réussissent les tests avec brio et qui ont le potentiel de devenir d’excellents joueurs et ceux qui sont des joueurs de football dans l’âme et qui ont le potentiel de développer leurs habiletés physiques. Ensuite, il faut savoir lesquels semblent les plus prometteurs.
Les organisations vont également vouloir en apprendre un peu plus sur la personnalité des joueurs. Plusieurs formations avaient rencontré Picard, mais la seule équipe qui ne lui avait pas parlé, les Blue Bombers, aura finalement été celle qui l’a repêché.
C’est que, voyez-vous, la compétition pendant la fin de semaine n’est pas seulement entre les participants. Le sport professionnel est un monde unique. Bien que les entraîneurs et dépisteurs fraternisent, pas question de laisser transparaître un intérêt envers un joueur. Tout est une question de stratégie. Même, et peut-être surtout, lors de la saison morte. Chacun son chronomètre. Pas question de se fier à celui d’un adversaire…
«Ben oui, c’est la business qui commence,» explique Picard, avec un fond de rire dans la voix. «Celle que tu ne sais pas trop comment elle marche. Un coup que tu es dans le système tu comprend un peu mieux, moi ça fait deux ans que je vois ça aller. En moment donné, il ne faut pas que tu te fasses d’attentes et que tu tentes de deviner ce qu’ils veulent faire avec toi. Il faut que tu te consacres à contrôler ta performance.»
Picard a un conseil à donner aux joueurs qui participent au camp.
«À partir de maintenant, ils sont mieux de s’attacher solide parce que c’est juste le début. Le plus difficile s’en vient.»
Pourquoi?
«Jouer chez les pros, c’est mental. La «dureté du mental», c’est carrément ça. C’est la partie la plus difficile. Quand bien même tu bencherais 500 livres, si tu n’as pas le mental, ça ne donne rien. Si tu courts 4,3 [secondes, au sprint de 40 verges], tu peux être le plus vite, si tu n’as pas le mental, ça ne sera pas long que tu vas t’en aller de cette ligue-là. Tu vas te faire sortir. Tu vas t’en aller par toi-même. Il y a des athlètes l’année passée qui sont arrivés à des camps, ça prit deux jours, ils ont levé les feutres.»
«C’est bien beau le talent, mais il faut aussi que tu possèdes le caractère,» analyse Picard, en repensant à son expérience. «Moi, je me suis accroché. Je me suis redécouvert en tant que personne.»